N°
11 27 Mars 1943
"Oui,
Messieurs, la
Commune entendait abolir cette propriété de classe qui
fait
du travail du grand nombre la richesse du petit.
ELLE
VISAIT A L'EXPROPRIATION
DES EXPROPRIATEURS". (Karl Marx : La Commune de Paris). |
QUI
A DU FER, A DU PAIN !
Churchill
vient de parler à Londres sur les tâches qui,
d'après
lui, incomberaient bientôt à l'impérialisme
anglais.
Croyant tenir la victoire - les dernières victoires de
l'Armée
Rouge ayant mis l'impérialisme allemand en une situation
périlleuse
- il a jeté le masque "démocratique" et de la
"libération
des peuples" pour exposer le véritable programme de
l'impérialisme
anglais.
Ce programme c'est le vieux programme impérialiste de Versailles
sur la base duquel surgit la présente guerre mondiale : il a
parlé
de "sphères d'influence", Société des Nations, et
comme moyen suprême pour empêcher de nouvelles guerres,
l'occupation
des pays dont les peuples sont "coupables de la guerre".
Ainsi, la "libération des peuples" s'avère clairement non
pas comme le droit des nationalités de disposer
d'elles-mêmes,
mais comme une formule impérialiste de domination et
d'exploitation.
Pendant la première guerre impérialiste mondiale (14-18)
le président des Etats-Unis Wilson avec ses quatorze points
"pacifistes"
trompa le monde sur les buts de guerre des alliés : mais il
s'agissait
de combattre l'influence morale de la révolution russe d'Octobre
17 en promettant que les capitalistes alliés
réaliseraient
aussi sans révolution certaines des grandes conquêtes de
la
révolution prolétarienne.
Dans le monde d'aujourd'hui dans lequel d'anciens communistes devenus
chefs
des peuples à titre honorifique briguent le poste de
maréchal,
Churchill sûr, croit-il, de ne pas être contredit au nom
des
masses qui peinent dans les usines et versent leur sang sur tous les
champs
de bataille, ne se donne plus la peine d'embellir la
réalité
hideuse.
Quels sont les coupables de la guerre? Les capitalistes de tous les
pays
essaient d'en rejeter la responsabilité sur les peuples du camp
opposé.
Hitler a justifié devant son peuple le pillage de toute l'Europe
en disant qu'il punissait les "coupables" de la guerre, et en
promettant
de mieux faire après la victoire. En réalité,
Hitler
collabore avec les fauteurs de guerre de toute l'Europe, la bourgeoisie
et son Etat, contre les peuples, c'est-à-dire contre les
ouvriers
et les paysans de tous les pays.
Le traité de Versailles avait fait endosser la
responsabilité
de la guerre de 14-18 à l'Allemagne et au nom de cette
responsabilité
réelle de la bourgeoisie allemande (qui a contribué
à
la guerre d'une façon identique à la bourgeoisie
française,
anglaise, etc.) on a infligé les pires maux aux peuples de
l'Europe
Centrale et de tous les Etats vaincus.
La convention d'armistice de juin 1940 a rejeté cette fois-ci
sur
la France le stigmate de fauteur de guerre et au nom de cette
responsabilité
réelle de la bourgeoisie française (qui a
contribué
à la guerre d'une façon identique à la bourgeoisie
allemande, anglaise, etc.) on a infligé les pires maux aux
peuples
français belge, polonais, etc.
Churchill promet en cas de victoire de punir lui aussi les peuples
"responsables
de la guerre".
Il s'en suit de tout cela que les coupables de la guerre CE SONT LES
VAINCUS.
Churchill offre comme consolation et comme remède à la
situation
terrible des peuples écrasés par l'impérialisme
allemand
et italien, l'écrasement (en cas de "victoire") des peuples
allemand
et italien par la bourgeoisie américaine, anglaise,
française,
etc. Les ouvriers et les paysans français pourraient alors jouer
le beau rôle de gardes-chiourme en contribuant à
l'occupation
des pays "responsables" (Churchill n'indique pas exactement quels sont
ces pays ; cela ira aussi loin qu'il sera nécessaire à
l'impérialisme
britannique). Le rôle réservé aux ouvriers et
paysans
de France serait le même que celui que Hitler fait jouer
actuellement
aux ouvriers et paysans allemands. Rendre les peuples complices de leur
diplomatie et de leurs brigandages capitalistes, voilà le but
suprême
de la classe bourgeoise de tous les pays ; et le moyen le plus
sûr
pour atteindre ce but c'est de plonger périodiquement les
peuples
dans des guerres fratricides qui, en augmentant toujours plus la haine
entre eux empêcheraient à jamais l'union des ouvriers de
tous
les pays pris dans LE CYCLE INFERNAL DES REVANCHES.
Ainsi, au moment même où les peuples du monde entier
plongés
dans des souffrances inouïes et saignés à blanc
envisagent,
confusément au point de vue politique, comme prix de leurs
souffrances,
un ordre réellement nouveau, c'est-à-dire non
capitaliste,
Churchill en faisant "miroiter" à nos yeux les souffrances qu'il
se propose d'infliger aux ouvriers et aux paysans d'Allemagne et
d'Italie
comme punition des crimes des bourgeoisies allemande et italienne (qui
alors deviendraient sûrement collaboratrices avec... Churchill)
veut
nous lancer dans la voie que nous avons déjà parcourue
après
l'autre guerre mondiale. Il parle bien d'un "plan quadriennal" de
reconstruction
du monde après la guerre (la guerre étant elle-même
un plan quadriennal, quinquennal, etc. pour la destruction du monde),
mais
il affirme que le capita-lisme doit rester à la base de la
société,
car, voyez-vous, le "citoyen" anglais ne s'accommoderait jamais d'une
autre
société que celle basée sur l'initiative
privée,
c'est-à-dire capitaliste. Sur ce point les ouvriers anglais
donneront
en temps voulu leur réplique pratique à Churchill.
Mais tant que les choses dépendront de la volonté de
Churchill
et de sa classe (et elles en dépendront jusqu'au moment
où
le prolétariat accomplira la révolution), seuls des
traîtres
à la classe ouvrière peuvent soutenir les
impérialistes
alliés comme "un moindre mal" : comparativement à
l'épuisement
provoqué par la guerre capitaliste, la
"prospérité"
capitaliste du temps de paix, avec ses chômeurs, ses crises, etc.
peut sembler "préférable"; mais la deuxième guerre
impérialiste engendrée par le capitalisme a amené
la pourriture de celui-ci à tel point qu'en
réalité
les ouvriers n'ont pas de choix à faire : ils doivent vaincre
pour
ne pas mourir.
Les ouvriers, eux, opposent aux capitalistes de tous les pays un
véritable
plan de reconstruction politique et économique du monde. Ils
opposent
aux vieilles haines et carnages capitalistes entre nations un nouvel
ordre
politique européen et mondial basé sur la fraternisation
des exploités de tous les pays : LES ETATS-UNIS SOCIALISTES
D'EUROPE
ET DU MONDE. Ils opposent aux plans capitalistes de "reconstruction"
qui
mènent à de nouvelles guerres, L'ECONOMIE PLANIFIEE
SOCIALISTE,
dont l'expérience a déjà été faite
en
Union Soviétique. Ne faisant aucune confiance à ceux qui
s'attachent au vieux monde capitaliste pourri, ils prennent leur sort
en
leurs propres mains.
Prendre son sort en ses propres mains signifie que tous les
travailleurs
comprennent que la situation de plus en plus dure que leur fait le
capitalisme
leur imposera comme une nécessité absolue DE SE DEFENDRE
contre leurs exploiteurs. La bourgeoisie sera en mesure d'imposer au
prolétariat
tout ce qu'elle voudra tant qu'elle détiendra le monopole des
armes.
C'est pourquoi les ouvriers, ne se fiant pas aux phrases de celle-ci,
tendront
à L'ARMEMENT DU PROLETARIAT. Les bureaucrates ouvriers de toutes
les couleurs qui se sont fait une profession de la "défense des
droits des travailleurs" et se sont très bien accommodé
de
la domination de la bourgeoisie, objecteront que l'armement du
prolétariat
ne pourrait se réaliser que dans une situation
"révolutionnaire".
Quand le prolétariat sera en armes, la situation deviendra
évidemment
ré-volutionnaire. MAIS LA VOLONTE INEBRANLABLE ET FAROUCHE DES
OUVRIERS
DE S'ARMER en tant que classe DECOULE DE LA SITUATION SANS ISSUE OU ILS
ONT ETE PLONGES PAR LA GUERRE CAPITALISTE, COMME UNIQUE GARANTIE DE
LEUR
VIE ET DE CELLE DE LEURS PROCHES.
Car armement du prolétariat et lutte de partisans ne constituent
pas une seule et même chose ; ils s'opposent même : les
luttes
des partisans menées par une minorité de la classe
ouvrière
mêlée à des éléments d'autres classes
(éléments même anti-prolétariens
avoués,
réactionnaires et fascistes pro-anglais ou des
éléments
militaires de l'ancienne armée) ont pour but le soutien
militaire
des adversaires de l'armée allemande, et sont sous le
contrôle
de partis politiques hostiles à la révolution
prolétarienne.
Toutefois, la minorité de la classe ouvrière qui y
participe,
si elle garde la foi en la destinée historique du
prolétariat,
qui doit affranchir l'humanité du capitalisme et créer la
société socialiste, peut fournir des cadres
précieux
et expérimentés à la classe ouvrière qui
tend
de toutes ses forces à son armement.
Se souvenant de l'exemple de la Commune de Paris (18 mars 1871) qui fut
la riposte du peuple parisien CONTRE LA BOURGEOISIE qui essayait de le
désarmer, les travailleurs conscients éveilleront dans
les
coeurs de tous les ouvriers le désir ardent d'être quelque
chose en possédant des armes, car suivant le mot
célèbre
de Blanqui : qui a du fer, a du pain.
Pour la
paix,
le pain et la liberté, vive l'armement du prolétariat !
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DE
LA COMMUNE DE PARIS A LA REVOLUTION MONDIALE
"Les
révolutions prolétariennes... interrompent à
chaque
instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble
déjà
être accompli pour le recommencer de nouveau, ... paraissent
n'abattre
leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de
la terre et se redresser de nouveau formidable en face d'elles,
reculent
constamment à nouveau devant l'immensité infinie de leur
propre but, jusqu'à ce que soit créée enfin la
situation
qui rende impossible tout retour en arrière et que les
circonstances
elles-mêmes crient : ...c'est ici qu'il faut sauter !"
Il est bon, en ce 72° anniversaire de la Commune de Paris, de
rappeler
cette caractéristique des révolutions
prolétariennes
donnée par Marx en 1851.
Les voies de l'histoire et surtout la voie prolétarienne, ne
sont
pas une ligne droite qu'on parcourt d'un seul trait à une
certaine
époque et qui assure, avec de lourds sacrifices, la victoire ou
la défaite. Pour celui qui considère les
événements
seulement dans la période qui coïncide avec sa propre
expérience,
la courbe historique semble par moments redescendre à son point
de départ ; mais pour ceux qui les considèrent dans leur
TOTALITE HISTORIQUE, cette courbe indique la marche inéluctable
du prolétariat vers le pouvoir et de la société
vers
le communisme.
A l'aube de la révolution prolétarienne qui est la
Commune
de Paris (18 mars-28 mai 1871) le soulèvement des ouvriers ne
fut
pas un acte délibéré, préparé
à
l'avance dans un but socialiste défini. Le soulèvement
parisien
eut lieu devant la pourriture avérée de la bourgeoisie
française,
à l'occasion d'une guerre que celle-ci avait
déchaînée
et perdue et de laquelle elle voulait se tirer sur le dos des ouvriers
et des paysans français Il manquait au mou-vement la conscience
révolutionnaire. Dominée par les éléments
petits-bour-geois,
sans parti révolution-naire, la Commune fut noyée dans le
sang. La bourgeoisie décima le prolétariat pour le briser
à jamais. Mais la croissance même du capitalisme
recréa
une classe ouvrière qui sut utiliser les nouvelles conditions
politiques
et économiques pour panser ses plaies et conquérir des
droits
économiques et politiques. Notamment, il forgea ses propres
organisations
de classe, syndicats et partis politiques.
La leçon de la Commune ne fut point perdue pour le
prolétariat.
Les marxistes de tous les pays examinèrent les fautes commises
par
ses dirigeants ; et quand par suite de la guerre russo-japonaise de
1904
éclata la première révolution russe de 1905, le
Soviet
de Pétrograd ne renouvela plus les fautes de la Commune de Paris.
Cependant, la première révolution russe fut elle aussi
battue.
Il fallut la première guerre im-périaliste mondiale, qui
sembla tout d'abord avoir emporté toutes les conquêtes et
tout l'acquis politique de la classe ouvrière, pour que la
révolution
d'Octobre 17 sous la conduite du parti bolchévique
créât
le premier Etat ouvrier qu'ait connu le monde.
Mais la révolution russe resta isolée dans un monde
capitaliste.
Ceci entraîna la mainmise sur l'Etat ouvrier d'une bureaucratie
étrangère
à la révolution, bureaucratie de plus en plus
privilégiée
et hostile au socialisme qui, se couvrant faussement du drapeau de la
révolution
d'Octobre pour mieux tromper les masses, conduisit le
prolétariat,
de défaite en défaite, à la situation inextricable
provoquée par la deuxième guerre impérialiste
mondiale.
Il semble à nouveau que le prolétariat ait tout perdu.
Mais
la main-mise de la bureaucratie sur la IIIè Internationale
provoqua
d'abord l'opposition des éléments révolutionnaires
à sa politique conservatrice et ensuite la création d'une
nouvelle internationale révolutionnaire, la IVe Internationale.
Quoiqu'il reste dans le monde entier peu de pays où la classe
ouvrière
conserve des organisations à elle (Angleterre, Etats-Unis) et
que
leurs dirigeants soient passés à la bourgeoisie, trois
facteurs
assurent cependant la victoire définitive du prolétariat
et des masses exploitées sur le capitalisme. Premièrement
la situation inextricable pleine de contradictions et de dangers dans
laquelle
se trouve le capitalisme, contraint à une lutte permanente
contre
les masses de tous les pays. Deuxièmement l'existence sur 1/6 du
globe d'une économie planifiée qui, bien que mise en
danger
par la bureaucratie stalinienne, reste encore la dernière mais
la
PRINCIPALE conquête de la Révolution d'Octobre 17. Et
enfin,
l'existence de la IVe Internationale, parti prolétarien
révolutionnaire
mondial qui affirmera dans la période révolutionnaire
prochaine
la continuité des intérêts et de l'idéologie
prolétariennes contre les intérêts et
l'idéologie
de la bourgeoisie, et mènera les exploités à la
victoire
finale sur le capi-talisme, à la révolution
prolétarienne
mondiale.
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