N°
17 6 septembre
1943
LEVONS
L'ÉTENDARD
DE LA GUERRE CIVILE !
L'IMPÉRIALISME
A MIS EN JEU LE SORT DE LA
CIVILISATION
EUROPÉENNE.
SI
CETTE GUERRE
N'EST PAS SUIVIE
D'UNE
SÉRIE
DE RÉVOLUTIONS VICTORIEUSES
ELLE
SERA SUIVIE
A BREF DÉLAI D'AUTRES GUERRES. (Lénine 1914)
|
A
BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE !
VIVE
LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE !
La
deuxième guerre mondiale entre dans sa cinquième
année.
Les dirigeants des pays impérialistes en guerre
s'évertuent
à exalter devant "leurs" peuples la justesse de la cause qu'ils
représentent et démasquent les buts criminels de leurs
adversaires.
Mais avec des prétextes quelque peu différents et avec
certains
changements d'alliances, la présente guerre n'est que la
continuation
de celle de 14-18, en ce sens que c'est pour les mêmes motifs
impérialistes
(capitalistes) que sont entrés en lutte l'Allemagne,
l'Angleterre,
l'Amérique, le Japon, la France et l'Italie.
Quand Daladier déclara la guerre à l'Allemagne en
septembre
1939 il invoqua l'ordre européen créé par le
traité
de Versailles. L'"ordre" de Versailles c'était le partage, dans
la chair vive des peuples, du continent européen, suivant les
intérêts
économiques (capitalistes), militaires et politiques de
l'impérialisme
français vainqueur avec ses alliés du premier conflit
mondial.
Daladier voulait maintenir l'hégémonie du capitalisme
français
en Europe, hégémonie menacée par l'avance
allemande
de 1936 à 1939 et surtout maintenir dans l'esclavage les 60 000
000 d'esclaves coloniaux exploités par les capitalistes
français
Les intérêts des capitalistes français
coïncidaient
avec les intérêts des capitalistes anglais qui avaient
déjà
été obligés de se défendre contre le
capitalisme
allemand en 14-18.
Hitler prétendait lutter contre l'iniquité de l'ordre de
Versailles qui étouffait l'Allemagne et la majorité des
populations
du continent et une fois vainqueur en juin 1940 il instaura sur le
continent
un super-Versailles allemand, c'est-à-dire le partage, dans la
chair
vive des peuples, du continent européen suivant les
intérêts
économiques (capitalistes), militaires et politiques de
l'impérialisme
allemand. Ayant jeté le peuple allemand dans la guerre en
affirmant
le droit du "sang" c'est-à-dire de l'unité du peuple
allemand
et son droit de vivre sur un territoire unifié (Sudètes,
Dantzig, etc..), il proclama bientôt la lutte pour "l'espace
vital"
et découvrit ses oreilles d'âne capitaliste en proclamant
la volonté du capitalisme allemand de "réorganiser"
l'Afrique.
Tel est le véritable enjeu de la lutte ouverte en 1939. La
démocratie,
l'ordre nouveau (sous la domination des capitalistes !), le droit des
peuples,
etc., etc.. ne sont que des prétextes pour masquer aux yeux des
peuples la véritable cause du conflit qui met
périodiquement
l'humanité à feu et à sang.
La véritable cause de la guerre, comprise par de larges masses
en
1918 mais oubliée depuis grâce aux abandons de ceux qui
avaient
la charge de le leur rappeler constamment, c'est l'impérialisme,
c'est-à-dire la lutte de la bourgeoisie des vieux pays
capitalistes
POUR GARDER ET CONQUÉRIR DES MONOPOLES ÉCONOMIQUES.
C'est pourquoi les capitalistes américains et japonais ne
pouvaient
pas rester en dehors de cette deuxième lutte pour le repartage
capitaliste
du monde. Peut-on sérieusement croire un instant que les
banquiers
de New-York qui ont laissé Mussolini conquérir
l'Abyssinie,
Franco assassiner l'Espagne, Hitler engloutir la
Tchécoslovaquie,
etc... sont entrés en guerre pour sauver la France ou la Chine ?
Les banquiers de Tokyo étaient engagés depuis 1937 dans
une
lutte gigantesque pour la conquête de la Chine et là ils
menaçaient
gravement les intérêts des capitalistes américains
et anglais.
A côté de ces groupes impérialistes, dans le camp
allié
se trouvent deux pays qui ne sont pas des pays impérialistes.
L'URSS
avec son économie planifiée et la Chine semi-coloniale
sont
menacées, au-delà des présents dangers militaires,
par le capitalisme mondial, dont la sauvegarde n'est pas moins
essentielle
à Roosevelt et Churchill qu'à Hitler et Badoglio. Quelle
que soit la politique des dirigeants de ces deux pays dans la
présente
guerre, seule la chute du capitalisme peut sauver l'URSS et la Chine,
l'URSS
en tant qu'économie nouvelle au service du socialisme, la Chine
en tant que pays colonial voué par les impérialistes au
démembrement
et à une exploitation renforcée.
°
° °
La
guerre est aussi le moyen suprême que la bourgeoisie utilise pour
échapper à la révolution prolétarienne. En
plongeant périodiquement les peuples dans des guerres
fratricides,
en élevant un mur de boue et de sang entre la classe
ouvrière
des différents pays, les capitalistes espèrent saper
à
jamais l'union internationale du prolétariat et rendre
impossible
la révolution socialiste. MAIS SI DANS LA GUERRE
IMPÉRIALISTE
LES EXPLOITES DE TOUS LES PAYS GARDENT LA CONSCIENCE DE LEUR
SOLIDARITÉ,
ALORS LA GUERRE MÊME PEUT HÂTER LA CHUTE DU CAPITALISME.
C'est
ainsi que grâce au Parti bolchévik, la participation de la
Russie tsariste à la guerre hâta la chute de l'autocratie
et du capitalisme Russes.
°
° °
La
résistance et les victoires de l'armée Rouge depuis juin
1941 ont permis au capitalisme anglais et au capitalisme
américain
de se préparer à loisir pour la conquête militaire
du continent, et le quatrième anniversaire de la guerre a
été
choisi par eux pour débarquer en Europe. Les illusions
semées
à leur endroit par les agents conscients et inconscients du
capitalisme,
(parmi ces derniers surtout les prétendus défenseurs de
l'URSS,
les staliniens) sont quelque peu refroidies par les bombardements que
subit
la population civile, et qui ne sont cependant qu'un faible
avant-goût
de ce qui doit se produire.
Devant ces événements nous répétons
inlassablement
: il y a deux voies, également douloureuses, remplies de sang,
de
destruction et de souffrances sans nombre. LA VOIE CAPITALISTE, qui
consiste
à aider les impérialistes alliés à occuper
le continent ruiné pour y établir leur domination, qui
mènerait
à une autre série de guerres.
LA VOIE PROLETARIENNE, qui consiste à utiliser les
difficultés
croissantes et les défaites de l'impérialisme allemand
pour
mener une politique de classe et, en union avec les ouvriers
d'Allemagne,
d'Italie, d'Espagne, des Balkans, etc... renverser le capitalisme sur
le
continent et fonder les Etats-Unis socialistes d'Europe.
Cette voie est celle de la Quatrième Internationale. C'est la
seule
qui permette la reconstruction socialiste du monde dans la paix, le
bien-être
et la cohabitation fraternelle de tous les peuples du globe.
Puissent les
travailleurs
français en comprendre à temps la signification et
contribuer
d'une façon décisive à la libération du
genre
humain !
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DE
LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE
A
L'EXPROPRIATION DES EXPROPRIATEURS
Dans
la société capitaliste, les hommes travaillent les uns
pour
les autres sans se connaître, sans connaître leurs besoins,
persuadés que leurs rapports se règlent d'eux-mêmes
à travers la ruine et la culbute des moins habiles et des plus
faibles,
à travers les alternatives de "prospérité" et de
"surproduction".
Les rapports sociaux entre les hommes se forment ainsi objectivement
sur
la base de l'échange, indépendamment de leur
volonté
: il ne dépend pas de la volonté de l'ouvrier que, tant
que
dure le régime capitaliste, il soit obligé de se vendre
pour
subsister. Chacun pense pour soi-même, aucun pour tous, mais les
lois de l'échange règlent les proportions relatives entre
les différentes branches de l'économie indispensable
à
la vie.
La propriété caractéristique de la force de
travail
de l'ouvrier est qu'elle créée plus de valeur que n'en
exige
son entretien et sa reproduction. Le supplément de valeur
qu'elle
produit, Marx l'appelle la plus-value. "Et la lutte de classe n'est
rien
d'autre que cette lutte pour la plus-value. Celui qui possède la
plus-value est le maître de la situation. Il est le maître
de la richesse, il est le maître de l'Etat, il a la clé de
l'Eglise, de la Cour, des sciences et des par-tis". Cette plus-value
appartient
aux possesseurs des moyens de production : aux capitalistes.
D'autre part, chaque capitaliste pour survivre doit produire plus et
meilleur
marché que son voisin. C'est la lutte de tous contre tous et de
tous contre le Prolétariat. Mais de la concurrence même
surgit
le monopole : dans leur lutte pour la vie, les capitalistes sont
amenés
à chercher à limiter la concurrence par des ententes
toujours
dénoncées et continuellement changeantes.
"L'élimination
de la concurrence par le monopole marque le commencement de la
désagrégation
de la société capitaliste. La concurrence était le
ressort créateur principal du capitalisme, et la justification
historique
du capitalisme... elle avait besoin de certaines libertés, d'une
atmosphère libérale, d'un régime de
démocratie,
d'un cosmopolitisme commercial. Le monopole réclame un
gouvernement
aussi autoritaire que possible, des murs douaniers, ses "propres"
sources
de matières premières et ses propres marchés
(colonies).
Le dernier mot dans la désagrégation du capital
monopolisateur,
c'est le fascisme".
Le capitalisme ne produit pas pour la société, mais pour
lui. Il est donc, partout et toujours, prêt à limiter la
production,
même à détruire les stocks, pourvu que sa propre
part
dans le revenu national s'en accroisse. Le Brésil brûle
son
café dans les locomotives. La France est ruinée, mais les
grosses maisons font de substantiels bénéfices, ainsi
qu'il
ressort des chiffres suivants :
|
bénéfices
en 1941 |
Sucrerie
Say |
38.646
544 |
Vins
Damoy |
33.154.566 |
Maison
Péchiney
(engrais et produits chimiques) |
77.556.330 |
Voilà
ce qu'est le capital monopolisateur. Les nations sont saignées,
les classes moyennes usées et paupérisées, le
prolétariat
décimé : une poignée de familles, groupées
par les liens de la parenté et de l'intérêt commun
en une oligarchie capitaliste fermée, dispose du destin
économique
et politique des nations.
exemple : en 1911
MM. |
Contrôlaient
plus ou moins : |
O. HOMBERG
(Laval a été son agent électoral) |
Banque
de France,
Union Parisienne,
Banque
d'indochine
Cie Gle Transat-
lantique.
Eau et Electricité
d'Indochine |
E. SCHNEIDER,
père du Schneider actuel : |
Banque
de Paris et
des Pays
Bas,
Banque
Commerciale Italienne,
Creusot,
Chantier
de la Gironde,
Forges du
Chili, Chemins
de fer
PLM,
Sté Franco;-Suisse;
pour l' Industrie
Electrique,
Cie Marocaine,
Port de Rosario |
---------------
L'impérialisme ne se contente pas de ruiner les nations
avancées,
d'entretenir une guerre permanente et de détruire, avec la
démocratie,
les derniers droits (droit de grève, presse ouvrière)
dont
jouissaient les ouvriers dans les métropoles. Il s'oppose au
développement
de cette même démocratie dans les pays retardataires.
"Tout
en pillant la richesse naturelle des pays arriérés et en
freinant délibérément leur développement
industriel
indépendant, les magnats monopoleurs et leurs gouvernements
accordent
un soutien financier, politique et militaire aux groupes
semi-féodaux
des exploiteurs indigènes les plus réactionnaires, les
plus
parasites... La libération des peuples coloniaux en sautant les
étapes intermédiaires se transforme par
nécessité
en une lutte contre l'impérialisme, et par là elle donne
la main à la lutte du prolétariat dans les
métropoles".
Comment mettre fin à ce gigantesque pillage mondial ? Retour
à
la concurrence, à la démocratie ? Mais nous avons vu que
la libre concurrence engendre le monopole et, dans la démocratie
capitaliste, la majorité gouverne, mais contrôlée
par
les monopoles, eux-mêmes contrôlés par un nombre
d'actionnaires
très restreint. "La domination du plus faible par le plus fort,
du plus grand nombre par quelques uns, des travailleurs par les
exploiteurs,
est une loi fondamentale de la démocratie bourgeoise". En
dictature
comme en démocratie, sous Daladier, Blum ou Pétain,
l'Etat
reste le comité exécutif de la même classe
dirigeante
: la Bourgeoisie. Voilà pourquoi aucun gouvernement n'est en
mesure
de lutter contre les monopoles en général,
c'est-à-dire
contre la classe par la grâce de laquelle il règne. S'il
s'attaque
à cer-tains monopoles, c'est en s'appuyant sur les autres.
Aussi n'est-ce qu'un mensonge d'opposer sur ce plan "fascisme" et
"démocratie".
Ce qui est déterminant en fin de compte, ce sont les
intérêts
économiques. De Gaulle comme Pétain réclament pour
la France le "droit" à l'exploitation des colonies. Mussolini a
fui, mais Badoglio continue la guerre pour sauvegarder les droits d'une
poignée de capitalistes italiens au pillage de l'Afrique.
Mais le capitalisme a porté la technique au niveau le plus
élevé
qu'elle puisse atteindre sur la base de la propriété
privée.
Il a unifié économiquement le monde, créant une
économie
mondiale, un marché mondial, une exploitation mondiale. Il a
ainsi
réalisé les conditions nécessaires à
l'utilisation
systématique des ressources mondiales. Cependant, cette
utilisation
il ne peut la réaliser, car la base de son expansion reste
toujours
le vieil Etat national avec son armée, ses douanes, ses
frontières
où étouffe la production. L'"économie de guerre" ,
l'autarcie, n'est pas une solution : l'autarcie allemande a
été
la base du pillage actuel de l'Europe. Par l'autarcie, "on
prépare
la base nationale pour une nouvelle guerre".
La solution est autre. "Pour sauver la société, il n'est
pas nécessaire d'arrêter le développement de la
technique,
de fermer les usines, de transformer les 1/3 des travailleurs en
mendiants,
ni de faire appel à des fous comme dictateurs... Ce qui est
indispensable
et urgent, c'est de séparer les moyens de production de leurs
propriétaires
parasites actuels et d'organiser la société
d'après
un plan rationnel".
Cette
tâche
urgente, l'expropriation des expropriateurs, ne peut être
accomplie
que par le prolétariat. Lui seul possède la
cohésion
et le force suffisante. Sa libération est celle de
l'humanité
entière. Sous la conduite de son Parti qu'il forge à
travers
ses épreuves, il accomplira sa mission par la Révolution
socialiste. Une fois qu'elle commencera, la révolution
socialiste
se répandra d'un pays à l'autre avec une force
irrésistible.
Par l'exemple et avec l'aide des nations avancées, les nations
arriérées
seront emportées aussi dans le grand courant du socialisme. Les
barrières douanières entièrement pourries
tomberont.
les contradictions qui divisent l'Europe et le monde entier trouveront
leur solution naturelle et pacifique dans le cadre des Etats-Unis
Socialistes,
en Europe comme dans les autres parties du monde. L'humanité
délivrée
s'élèvera jusqu'à sa pleine hauteur". (Trotsky).
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