CIRCULAIRE N°
1
(6 juin 1944)
Avec
l'invasion des forces impérialistes anglo-américaines
à l'Ouest, nous entrons
dans une période au cours de laquelle la bourgeoisie tentera par
tous les
moyens, bombardements, paniques, chômage, famine, de disperser
à nouveau la
classe ouvrière et de la démoraliser complètement
afin de pouvoir liquider la
guerre sans danger révolutionnaire.
Il est
certain qu'en de telles circonstances, le r“le d'un grand Parti, qui
aurait la
confiance des masses, serait de maintenir la cohésion entre les
différentes
parties de la classe ouvrière et de servir d'État-major
poursuivant, à travers
les évènements militaires et les diverses contradictions
et rivalités où se
trouve empêtrée la bourgeoisie, la lutte contre la
démoralisation et pour les
buts de classe du prolétariat.
Une
telle tâche nous incombe aussi dans la mesure de nos
possibilités, c'est-à-dire
de nos liaisons dans la classe ouvrière.
Mais il
ne faut pas perdre de vue que les évènements qui
viennent, par les difficultés
et empêchements matériels qu'ils peuvent susciter, de
même que par la pression
matérielle et morale exercée sur les masses laborieuses
et qui peut avoir ses
répercussions sur les organisations ouvrières, peuvent
d'un jour à l'autre
mettre en question notre existence matérielle en tant
qu'organisation, notre
cohésion morale et organisationnelle.
Notre
activité actuelle comporte deux aspects essentiels intimement
liés l'un à
l'autre: 1° pénétration dans la classe
ouvrière où nous tâchons d'attirer le
plus grand nombre d'ouvriers à la ligne politique de la IVe
Int[ernationale] et
où nous sélectionnons les éléments les plus
aptes et les plus courageux, pour
en faire des militants ouvriers ; 2°- renforcement
idéologique, théorique
des militants. Quelles que soient les circonstances, ce travail doit
être
poursuivi avec acharnement, sous peine dé faillite.
Tous les
militants doivent donc se préoccuper dŠs maintenant de la
préparation
matérielle et morale qui permettra de surmonter toutes les
difficultés et de
faire face à nos tâches sans discontinuité, en
dépit de toutes les
circonstances.
La
préparation organisationnelle comporte une série de
mesures telles que:
ponctualité plus exacte que jamais aux rendez-vous,
communication de certaines
adresses permettant de toucher les liaisons de haut en bas, fixation de
rendez-vous exceptionnels permanents en cas d'évènements,
etc. Précautions
supplémentaires dans les déplacements et transports de
matériel clandestin (y
compris livres, imprimés, littérature, etc.). Il faut que
chaque militant
veille particulièrement à rester en contact d'une part
avec l'organisation,
d'autre part avec ses liaisons ouvrières ou politiques
actuelles, pour essayer
de déterminer leur attitude et leur action selon notre ligne
politique. La
préparation morale est la base de la préparation
organisationnelle. Tout
militant, sympathisant ou liaison doit être au plus haut point
conscient que
c'est de son attitude que dépend l'avenir de l'organisation et
partant la
mesure où nous pourrons jouer un rôle dans la lutte pour
le socialisme.
Quiconque a compris l'impossibilité de vivre dignement à
notre époque,
autrement qu'en subordonnant ses propres conditions de vie aux
nécessités
historiques de la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie,
est tenu, dans
les circonstances exceptionnelles plus encore que tous les jours, et
quelle que
soit sa place dans l'organisation, de faire corps avec elle, de n'avoir
pas
d'autres intérêts qu'elle.
Dans le
cas où, malgré toutes les précautions, un militant
ou sympathisant se
trouverait momentanément coupé de l'organisation, il ne
doit jamais perdre de
vue qu'il est avant tout un militant conscient de la classe
ouvrière, et que
c'est là sa seule raison d'être, Dans les conditions de
l'isolement (prison,
armée, etc.), l'absence de tout contrôle organisationnel
l'astreint à une
attitude encore plus hautement responsable. Propagation des
idées de la IVe
Int[er-nationale] au sein de la classe ouvrière,
sélection de cadres
révolutionnaires prolétariens, et auto-éducation,
telles sont les tâches que
tout militant doit constamment avoir en vue et qu'il doit s'efforcer de
réaliser, quelles que soient les conditions où il peut se
trouver momentanément.
C'est
seulement à cette condition que l'organisation pourra surmonter
avec succès les
épreuves des évènements qui nous attendent. Et le
fait d'avoir résisté, de nous
être maintenus à un moment critique, serait notre
meilleure justification, la
meilleure preuve d'une réelle transformation qualitative, en un
mot de notre
aptitude à remplir les tâches que nous nous proposons
devant la classe
ouvrière.
6
Juin
1944.