POUR
LE CONTROLE OUVRIER !
La
réquisition provisoire, avec indemnité, de
l'usine Renault et l'institution
d'un
contrôle étatique sur les Houillères du Nord et du
Pas-de-Calais, sans aucune atteinte à la
propriété,
ont été présentées au public comme des
mesures
révolutionnaires. Mais elles ne sont, à l'examen, qu'un
calcul
du gouvernement bourgeois qui, en se donnant des allures "socialistes"
veut ainsi mieux sauver les capitalistes. Voici ce que dit en substance
le secrétaire de la CGT Benoît Frachon (l'Humanité,
1/10) : "avant la guerre on avait choisi pour diriger les usines
nationalisées
de l'aviation, les anciens patrons ou leurs créatures. Si cela
était
fait à l'égard des Mines du Nord -ce qui est probable-
les
dirigeants des Houillères mettraient la baisse de la production
(entraînée actuellement par les réparations
absolument
nécessaires) sur le dos de la nouvelle forme d'exploitation.
S'il
y avait déficit, ils s'arrangeraient pour que l'Etat le prenne
à
son compte. Puis ils démontreraient que l'expérience
étant
négative et onéreuse, il faut revenir à l'ancien
état
de choses et leur rendre toutes leurs prérogatives. Les mines
étant
alors en mesure de produire à plein rendement, ils iraient
allègrement
vers une nouvelle période de profits substantiels".
Cette façon d'agir
n'est que trop normale de la part d'un Etat entièrement
inféodé
aux capitalistes. Ceux-ci disposent d'ailleurs de tous les leviers
effectifs
de commande : 1° de capitaux énormes par lesquels
ils
exercent leur pression sur la vie économique et sur l'Etat en
particulier
(endetté jusqu'au cou, l'Etat paie encore des
intérêts
usuraires aux capitalistes qui subventionnent ses emprunts) ; 2°
des Comités d'organisation créés par
Vichy et non
abolis qui mettent à leur discrétion la
répartition
des matières premières ; enfin 3° des moyens de
production
puisqu'il ne s'agit nullement de l'expropriation des Compagnies
monopoleuses -industries de guerre, chemins de fer, sources de
matières
premières, grandes banques- mais comme on l'a vu plus haut, de
certaines
mesures d'espèce et comme le dit le communiqué du
gouvernement
lui-même, à caractère conservatoire.
La mesure du désir
du gouvernement de toucher en quoi que ce soit à l'organisation
actuelle, est donnée par sa réponse à la
volonté
des ouvriers de participer à la gestion des entreprises : le
gouvernement
rappelle qu'aucun organisme n'a le droit de modifier le fondement du
régime
des entreprises et sanctionne la création de comités
mixtes
qui devront associer la classe ouvrière "par ses avis". C'est la
réédition des Comités sociaux vichyssois !
On essaie ainsi à
nouveau d'embourber les ouvriers dans des mesures démagogiques
et
des promesses. Les dirigeants de la CGT, tout en faisant la
discrimination
entre "bons" et "mauvais" patrons, approuvent et demandent la
création
de pareils Comités mixtes qui peuvent, paraît-il, apporter
une solution à la crise. Ils n'osent pas avouer, ces
bureaucrates,
que pour briser la résistance des exploiteurs, il faut faire
sentir
à ceux-ci LA PRESSION DU PROLETARIAT. Or cette pression on ne
peut
pas la faire sentir par de soi-disant Comités mixtes, organes de
domestication, mais par les COMITES D'USINE, élus par l'ensemble
des ouvriers et des employés de l'entreprise, contrôlables
par eux, et qui créent en tant qu'expression organisée de
l'ensemble des travailleurs, un contre-poids puissant à la
volonté
du patronat. Et c'est à ces Comités, forts de l'appui de
la masse des ouvriers, d'exiger non pas le droit de donner des avis sur
l'intensification de la production, mais de contrôler la
production
et la comptabilité, d'abolir les secrets industriels et
commerciaux,
de révéler dans quelle mesure le patron travaille pour la
société et dans quelle mesure pour ses propres
intérêts,
et de faciliter du même coup la solution des problèmes
tels
que les salaires, le chômage, etc. Les techniciens, les
comptables,
les ingénieurs ne refuseront pas de conseiller utilement les
Comités
d'usine.
De nombreuses usines restent
fermées, le sabotage des patrons qui veulent rester "de droit
divin"
pèse sur l'économie. Les ouvriers doivent pouvoir
reprendre
le travail dans ces usines au compte de la société, et
l'administration
doit être assurée directement par les ouvriers.
Mais pour rendre ce travail
possible, pour imposer l'expropriation des industries vitales pour
toute
la société, il faut instaurer LE CONTROLE OUVRIER.
Les Comités d'usine,
organes du Contrôle ouvrier, éliront à une
étape
ultérieure des Comités de Contrôle par branche
d'industrie,
par région économique et enfin pour l'industrie nationale
en son ensemble. Le contrôle ouvrier deviendra ainsi pour la
classe
ouvrière l'école de l'économie planifiée,
il
préparera le prolétariat à prendre en main la
direction
de l'industrie nationalisée, à laquelle les ouvriers
n'aboutiront
qu'en faisant confiance en leurs propres forces seulement, à
l'exclusion
de tous agents d'un gouvernement bourgeois !
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LES
AUXILIAIRES DE GOEBBELS ...
"Le fait que les
Allemands
ne se révoltent pas contre l'abominable clique qui les
mène
au massacre est symptomatique d'un fanatisme effrayant", dit Magnien
dans l'Humanité du 28/9/44.
Pour les besoins de sa
cause (la cause impérialiste alliée) Magnien nous
présente
le peuple allemand comme plus fasciste que Goebbels lui-même
n'ose
le dire. En effet, depuis de longs mois la propagande de Goebbels n'ose
plus, vu les sentiments du peuple allemand, exalter la cause fasciste.
Son langage est tout autre : rappelant constamment le traitement dont
les
alliés menacent l'Allemagne, prétendant que le peuple
allemand
est solidairement responsable de la guerre menée par les
dirigeants
de l'Allemagne, Goebbels conclut : "les ponts sont coupés
derrière
l'Allemagne, il faut se défendre et nous suivre jusqu'au
bout"
!
Et le peuple allemand
ne voit effectivement pas d'issue : car la propagande alliée ne
fait que dresser des plans d'exploitation et d'asservissement complet
de
l'Allemagne. En parlant tout le temps de punition, ces plans font bien
sentir aux masses QUI seront les punis : non pas les classes
dirigeantes,
les bourgeois, les officiers, les politiciens, mais les grandes masses
travailleuses, les ouvriers et les paysans. Il n'en a pas
été
autrement en 1918, quand l'Allemagne fut acculée à la
ruine,
mais les capitalistes conservèrent tous leurs privilèges.
Les impérialistes n'ont pas d'autre façon de "faire
justice".
Les impérialistes allemands aussi par-laient de "punir" la
France
du traité de Versailles, mais qui ont-ils puni après la
victoire
de 1940 ? Ils écrasèrent et pillèrent le peuple,
mais
laissèrent intacte la domination de la bour-geoisie et ne
touchèrent
pas à ses privilèges.
Quand le peuple allemand
n'entend de nulle part une voix anti-impérialiste, quand au
contraire
de prétendus communistes ont pris comme devise suprême
"Mort
aux Boches !", cela ne fait-il pas le jeu de la propagande de
Goebbels
?
Pour les ouvriers qui
se posent la question : mais où donc est passé le
mouvement
politique socialiste de la classe ouvrière allemande, il faut
rappeler
ceci :
Le prolétariat
allemand, à partir de sa révolution de 1918, n'a pas
cessé
de mener une dure lutte, maintes fois sanglante, contre la bourgeoisie.
Avant l'avènement de Hitler, deux puissants Partis, le PS et le
PC, comptant des millions d'électeurs, avaient la direction de
la
classe ouvrière. Mais le PS collaborait avec la bourgeoisie, et
l'Internationale Communiste (stalinienne) imposait au PC allemand la
politique
du "social-fascisme", qui consistait à viser la destruction des
organisations social-démocrates avant celle du fascisme.
La politique aventuriste de l'I.C. et la politique de collaboration de
classe du PS ont facilité la montée du fascisme ; les
partis
ouvriers se sont trouvés paralysés moralement
déjà
avant la lutte et ont ca-pitulé devant le fascisme sans
combat.
Le prolétariat
allemand n'a pas été battu dans une lutte ouverte. Il a
été
brisé et démoralisé par la politique de ses
propres
chefs. Si donc aujourd'hui l'opposition active contre le fascisme est
faible,
ce n'est pas que l'idéologie fasciste conserve encore quelque
force (elle n'en a jamais eu dans la classe ouvrière),
mais c'est
dû à la faillite en Allemagne des idéologies
démocrate,
social-démocrate et stalinienne qui ont mené à la
défaite de 1933.
Le peuple allemand se
débat aujourd'hui dans une situation sans issue, et n'a le choix
qu'entre deux genres de mort : lutter jusqu'au bout derrière
Hitler
ou se rendre à la merci des impérialistes. La politique
des
impérialistes et celle de leurs auxiliaires social-patriotes -le
chauvinisme, la défense de la guerre de rapine et de pillage
menée
par les capitalistes, la haine entre les peuples qui fait le jeu de la
bourgeoisie- condamne le peuple allemand et les peuples du monde entier
à des souffrances sans nom.
Seule contre les impérialistes
et les social-patriotes la Quatrième Internationale proclame :
"A
BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !". Elle défend au nom du
prolétariat le droit de tous les peuples à disposer
d'eux-mêmes.
Elle appelle les travailleurs de tous les pays à s'unir dans une
lutte commune contre leur propre bourgeoisie, pour bâtir les
ETATS-UNIS
SOCIALISTES D'EUROPE.
Mais la voix de la IVe
Internationale est encore faible. Elle n'est pas entendue par tous les
exploités qui s'entretuent aujourd'hui pour les capitalistes.
Cependant,
la confiance croissante d'ouvriers de plus en plus nombreux renforce
toujours
plus cette voix, et bientôt à la place de "Mort aux
Boches
! Mort à l'ennemi ! A Berlin ! A Paris ! A Moscou !" etc...
retentira aux oreilles de tous les travailleurs le cri de "PROLETAIRES
DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !" Alors les travailleurs allemands,
comme
tous les travailleurs du Continent, se lèveront comme un seul
homme
pour abattre leurs exploiteurs.
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FAISONS
BLOC CONTRE
NOS
EXPLOITEURS !
Les ouvriers sont
unanimement
d'accord pour reconnaître que la bourgeoisie n'a rien
abandonné
de sa politique anti-sociale et anti-ouvrière à la faveur
de la "libération". Les travailleurs ne touchent toujours pas un
salaire global plus élevé qu'avant, mais
déjà
on a fait monter le prix du pain. Pour pouvoir dicter sa
volonté,
le patronat fait pression sur la classe ouvrière, en maintenant
le chômage. Tout ceci est généralement reconnu par
les organisations ouvrières et la CGT Mais il est une mesure de
division de la part de la bourgeoisie, qui ne retient pas suffisamment
l'attention des travailleurs. Sous prétexte qu'il n'y a pas du
travail
pour tout le monde, le patronat et son Etat ont commencé par
éliminer
les travailleurs immigrés, et les ont parqués dans des
camps.
Pourtant ces travailleurs ont été solidaires avec nous
sous
l'occupation, ont subi comme nous l'oppression et ont été
même à la pointe du combat contre elle.
Si toutefois l'Etat bourgeois,
qui se proclame démocratique, prend ces mesures ignobles contre
eux, c'est parce qu'il est entièrement sous l'obédience
du
patronat. Celui-ci veut faire du droit au travail, le droit
d'être
exploité par un capitaliste, un privilège dont il est
le dispensateur. Il veut habituer les travailleurs à se disputer
ce privilège, à rejeter la solidarité qui doit
les unir. Mais si les travailleurs se laissent diviser, ils seront
toujours
à la merci des capitalistes. La classe ouvrière doit
se présenter face au patronat UNIE comme un bloc. Les plaintes
hypocrites
de l'Humanité demandant à l'Etat de ne pas
traquer
les immigrés, ne valent rien. Pour que les immigrés ne
soient
pas traqués, il leur faut le DROIT AU TRAVAIL. Dans chaque usine
les ouvriers doivent imposer au syndicat d'exiger la répartition
de tout le travail existant entre TOUS les travailleurs, sans
distinction
de nationalité, avec un salaire non pas de misère, mais
qui
leur permette à tous de vivre dignement !
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OU
VA LA FRANCE ? (Suite du numéro
précédent)
Le
bonapartisme de gauche, fourrier du fascisme.
Quoique la fonction
fondamentale du gouvernement de De Gaulle reste celle du
gouvernement
Pétain (dictature de la bourgeoisie) cependant, du point de vue
dynamique (l'évolution du rapport de forces entre les classes),
il représente une nouvelle phase de la lutte de classes en
France.
La décomposition de l'appareil étatique, en tant
qu'instrument
centralisé et obéissant normalement au seul gouvernement
légal (décomposition due à la pression
contradictoire
des impérialistes alliés et allemand sur l'Etat
français
ainsi qu'à la résistance des masses contre celui-ci),
rend
nécessaire au gouvernement l'appui des organisations
ouvrières
social-patriotes. En présence des souffrances inouïes
infligées
aux travailleurs par cinq années de guerre et des innombrables
preuves
de banditisme de la part des classes dirigeantes vis-à-vis des
travailleurs
français seule la rentrée en scène des
bureaucrates
ouvriers social-patriotes peut maintenir pour un certain temps les
masses
dans "l'ordre" bourgeois et obtenir leur appui pour la continuation de
la guerre.
Mais, d'autre part, se
maintenir à l'aide des organisations ouvrières
conciliatrices, cela implique une certaine légalité
de l'action
ouvrière.
C'est par là que le bonapartisme (dictature
bureaucratico-policière)
de gauche de De Gaulle se différencie du bonapartisme de droite
de Pétain : non par ce qu'il représente de donné
à
la classe ouvrière, mais par ce que la classe ouvrière
peut
conquérir, si elle se soustrait à l'influence
social-patriote
et adopte une politique révolutionnaire intransigeante
vis-à-vis
de la bourgeoisie.
Sans une politique révolutionnaire,
sans une action jusqu'au bout de la classe ouvrière contre la
bourgeoisie prenant comme point de départ la
légalité
de fait,
le régime actuel ne serait que le fourrier du fascisme. Agissant
tout comme celui de Pétain en faveur de la bourgeoisie (chose
déjà
évidente six semaines à peine après son
installation),
le gouvernement bonapartiste "de gauche" fait endosser, aux yeux des
larges
couches exploitées, la responsabilité de sa politique aux
organisations ouvrières dont il a l'alliance ; ce n'est plus
l'Etat
bourgeois qui apparaît comme le responsable de la nouvelle
faillite,
mais le socialisme, le communisme, la classe ouvrière... C'est
ainsi
que Pétain put, en 1940, rendre responsable la classe
ouvrière
de la politique bourgeoise du Front Populaire, non seulement aux yeux
des
ennemis de tou-jours du prolétariat, mais aussi aux yeux des
couches
pauvres de la population (paysans, petits rentiers, petits
commerçants,
etc.).
En absence d'une politique
révolutionnaire qui dresse les ouvriers contre l'Etat bourgeois
(surtout quand il se camoufle "à gauche") le bonapartisme
appuyé
sur les sommets bureaucratiques de la classe ouvrière ne
représente
qu'une oscillation dans le rapport des forces entre les camps bourgeois
et prolétarien et prépare encore plus sûrement que
le bonapartisme de droite (Pétain) la révolte des masses
petites-bourgeoises contre le "communisme", "l'anarchie". En effet, la
lutte des classes entre les ouvriers et la bourgeoisie appelle une
solution
décisive pour savoir qui est maître dans la maison, de
l'ouvrier
ou du patron. Leurs inté-rêts ne peuvent pas être
conciliés,
on ne le voit que trop depuis 1934. Si c'est l'ouvrier, il faut que les
travailleurs instaurent leur dictature pour en finir avec le sabotage
et
le banditisme patronal ; mais si les travailleurs ne vont pas jusqu'au
bout de la lutte, s'ils cherchent des solutions "moyennes" (qui en fait
signifient la paralysie de l'économie), alors ce sont les
patrons
qui lancent les bandes fascistes à l'attaque en mobilisant la
petite-bourgeoisie
contre "l'anarchie".
En Allemagne, avant la
victoire définitive de Hitler (1933) il y eut de semblables
oscilla-tions
du pouvoir étatique de droite à "gauche" et de "gauche"
à
droite, de même qu'en France, depuis février 1934, nous
avons
connu des oscillations allant du réactionnaire Doumergue vers le
"socialiste" Blum (1936) et de Blum vers Daladier (1938-1939) et vers
Pétain.
Quand les masses ont successivement
expérimenté le régime bureaucratico-militaire sous
toutes ses formes, sous la pression des souffrances inouïes que
leur
inflige le capitalisme (crises, chômage, guerres), elles sont
prêtes
à adopter une solution extrême : dictature du
prolétariat
ou "révolution" fasciste. C'est à ce choix
inévitable
que nous conduit le gouvernement actuel. Voilà pourquoi, si
les
organisations social-patriotes maintiennent la classe ouvrière
dans
le sillage de De Gaulle au lieu de la mobiliser pour la dictature du
prolétariat,
elles préparent pour demain la victoire du fascisme.
(à
suivre)
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