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chronologie 1944 |
CAMARADE, CE N'EST PAS
TRAHIR UN SECRET (22
octobre 1944) CAMARADE, Ce
n'est pas trahir un secret que dire que le Parti Communiste traverse en
ce
moment une grosse crise. Il suffit d'ouvrir les yeux pour en être
convaincu. La
malaise est profonde et, sous l"'unanimité" de parade le
fossé
s'élargit, entre les éléments de la base et les
dirigeants, entre ceux qui ont
le désir et la volonté d'être véritablement
communistes et ceux pour qui le PC
n'est plus qu'un appareil qu'on utilise à des fins politiques
qui n'ont rien à
voir avec les buts de classe du prolétariat français:
c'est-à-dire le renversement
de la bourgeoisie française et l'instauration de la
dictature du
prolétariat. Mais en
l'absence d'une perspective claire et d'une formation réellement
communiste,
ces éléments honnêtes dégoûtés
des cuisines bureaucratiques et de l'union
sacrée nouvelle manière (qui est toujours l'ancienne),
ces éléments sont
incapables de répondre pratiquement à la question: "Que
faire?" Ils
se découragent, tombent dans la passivité. Ainsi la
politique du PC démoralise
l'avant-garde de la classe ouvrière et ouvre de cette
manière la voie au
fascisme. Les
organisations bolcheviques étaient remarquables par la
démocratie intérieure.
Chacun y pouvait exposer ses raisons et les défendre. Ainsi
seulement une
véritable vie intellectuelle traverse le parti, sans laquelle il
n'est qu'un
cadavre. Mais la politique bourgeoise que mène le PC au sein de
la classe
ouvrière - bureaucratisme et social-patriotisme - ne peut
supporter la
critique, car la critique aurait vite fait d'en démasquer les
conséquences.
Aussi, pour conserver un peu plus longtemps la confiance des masses,
l'appareil
du Parti est contraint de recourir à la terreur et à la
calomnie. Mais la
vie est têtue, et l'on ne peut fermer la bouche aux faits aussi
facilement qu'à
un homme. Où est donc cette fameuse harmonie des
intérêts "français"
que prêche l'Humanité? Peut-on concilier la
chèvre et le chou, les intérêts
de ceux qui raflent l'or et de ceux qui versent leur sang? Des
exploiteurs et
des exploités? Des 200 familles et des ouvriers qui attendent
toujours la
"reprise"? Le PC dit "oui" et s'efforce de réaliser cette
union contre "les boches". La vie dit non et démontre que la
lutte
"contre les boches" (demain, contre qui?) comporte avant tout,
autant que la bourgeoisie est maîtresse dans la maison,
l'écrasement des
ouvriers, le pain cher, le chômage, l'état de siège
etc.... Loin de le faire
disparaître, la guerre accroît encore l'antagonisme entre
prolétariat et
bourgeoisie. La bourgeoisie ne peut mener la guerre qu'en mobilisant
à son
service les forces prolétariennes, c'est-à-dire en
enchaînant d'abord son
prolétariat. C'est en particulier ce qui ressort du dernier
discours de de
Gaulle. Mais il
n’est pas facile d'enchaîner le prolétariat. La
bourgeoisie est veule et
décrépite, l'appareil d'état vermoulu et
profondément détraqué par la guerre.
Incapable de réaliser elle- même son mauvais coup, la
bourgeoisie le
réalise par l'entremise des partis ouvriers domestiqués,
qui escroquent la
confiance des travailleurs en les livrant à leur ennemi de
classe. Le rôle
qu'a tenu le Parti Socialiste pendant la 1ere guerre
impérialiste - mettre les
énergies ouvrières au service des intérêts
bourgeois - le PC le tient
aujourd'hui, d'une façon encore plus criminelle, après 4
années de souffrances
qui ont clairement montré le caractère de pillage de la
guerre, alors que
l'Europe bourgeoise toute entière craque et que la
révolution frappe à la
porte. Se réclamant, pour mieux la trahir, de la tradition de la
Révolution
Socialiste de 1917, c'est dans ces conditions que le PC
proclamé: "Status
quo! Occupation de l'Allemagne! Un autre SDN !" En 1914-18,
Vandervelde,
président de la IIe Internationale, allait en Russie exhorter
les masses à
continuer la guerre. Thorez les appelle aujourd'hui de Moscou à
la boucherie
impérialiste. Car
cette guerre n'est pas une guerre de classes! Il ne s'agit pas de ce
que pense
et désire la chair à canon, 2ème classe ou FTP. Il
s'agit de savoir: qui commande. Et jusqu'à
présent, il ne semble
pas que le grand état-major
soit composé de militants ouvriers... L'équipe politique
change (et pas tant
que ça: l'Huma[nité] dénonce chaque jour
des créatures de Vichy
maintenues à leurs postes). L'État -
fonctionnaires, armée, police,
tribunaux - reste, et c'est l'État qui mène la
guerre et lui donne son
caractère de classe, guerre de pillage, bataille de voleurs. Cependant,
cette guerre peut peut-être amener une entente durable entre les
pays, entente
qui supprimerait l'impôt du sang que la bourgeoisie mondiale
prélève à
intervalles de plus en plus rapprochés? Heureuse idée!
Comme les alchimistes du
Moyen-Age voulaient d'un morceau de plomb tirer de l'or, certains
prétendent
tirer une paix véritable d'une guerre impérialiste! Mais
les communistes vivent
à l'époque des machines et de la révolution
prolétarienne, non à l'époque de
l'alchimie. D'ailleurs, il n'est que d'écouter et de voir. De
Gaulle l'avoue:
la France est seule, et leur seul intérêt guide
les Alliés. Le conflit
actuel n'est même pas terminé que d'autres conflits se
préparent. Ainsi la
politique d'abandons successifs et de trahison de la révolution
pour préserver
le "bloc" des alliés s'avère une duperie et un suicide. Beaucoup
s'en rendent compte, et voudraient en finir avec la guerre. Mais pour
en finir,
faut-il consentir encore de nouveaux sacrifices? C'est ce que nous
disait déjà
Hitler. On connaît la chanson. Le sang appelle le sang. Ruines,
morts et
misères se multiplient. Non! La vraie façon d'en finir
avec la guerre, c'est
celle des bolcheviks de 1917, c'est la lutte révolutionnaire. La
Révolution de
1917 a mis fin à la 1ère guerre impérialiste
mondiale. Seule la Révolution peut
apporter un répit à une Europe exténuée et
imbibée de sang. Mais
pour lutter ainsi contre la guerre, il faut un Parti
révolutionnaire.
C'était là le rôle du PC. Il s'était
constitué en opposition intransigeante au
social-patriotisme, trempé dans les luttes contre l'occupation
de la Ruhr,
contre la guerre du Maroc. Mais le PC s'est usé dans la lutte.
Ses meilleurs
militants sont tombés un peu partout - non "pour la France", mais
pour le communisme - la
Révolution
a tardé et le PC a cessé de la préparer. Cette
dégénérescence a pu se produire
parce qu'il n'existait pas une base militante suffisamment
éduquée dans un
véritable esprit communiste, internationaliste. Voilà
pourquoi il est nécessaire aujourd'hui, alors que la guerre fait
rage, de
reconstituer sous le feu les organisations
révolutionnaires. Pourquoi il
faut rebâtir un Parti Communiste qui ne vole pas son nom et qui
remplisse ses
tâches nationales (en 1er lieu la lutte contre sa propre
bourgeoisie) dans un
esprit international (entente avec les travailleurs de tous les
pays). Et pour
créer ce Parti, il nous faut créer des hommes,
des militants pour qui le communisme ne soit pas qu'une
"doctrine", mais la raison
de
vivre et de mourir. Le prolétariat a à son service une
incomparable doctrine
révolutionnaire, le Marxisme. Il faut que les
militants, les
jeunes en 1er lieu, s'assimilent la méthode et les enseignements
du marxisme.
Le prolétariat est riche d'une longue suite de défaites
et d'une victoire, en
1917. Il faut que les militants, et surtout les jeunes, en tirent les
enseignements et y apprennent comment on construit un parti, et comment
on fait
la Révolution. L'action
à mener et les rapports entre camarades doivent être
envisagés sous un jour
tout à fait nouveau, bolchevique. Il faut se
libérer du bureaucratisme,
de la servilité, des consignes qu'on exécute sans les
comprendre et sans les
discuter. La discipline bolchevique n'a rien à voir avec
l'obéissance aveugle
d'un garde mobile - encore bien moins avec le mouchardage d'un
employé de
bureau! La discipline bolchevique repose sur la conscience politique
des
militants, leur dévouement à la révolution, leur
aptitude à en comprendre les
voies d'accès. Elle est la condition naturelle, obligatoire, de
toute action
révolutionnaire. Mais là où manque l'action
révolutionnaire, il n'y a pas non
plus de place pour une telle discipline. Elle est remplacée par
la dictature
irresponsable de l'appareil et le mécanisme méprisable de
la discipline
militaire. Le PC
éparpille ses membres dans des organisations "sympathisantes":
UFF, FFI,
Amis de l'URSS (quand ça va bien) etc.... Ils sont ainsi
surchargés de tâches
non communistes, sans intérêt réel. Il faut
collecter, organiser une fête,
coudre des brassards, copier des bulletins, vendre des journaux qui ne
fournissent pas les éléments d'un travail communiste
réel, bref, tout faire ...
sauf de l'action communiste. Ainsi le PC est sur la voie de sa
dissolution,
comme il s'est dissous aux USA. La IVe
Internationale s'oppose à cette liquidation du mouvement
communiste en France.
Elle se fixe pour tâche de créer les cadres d'un nouveau
PC, par une action
communiste conséquente, qui fasse ressortir par les faits les
intérêts des
travailleurs en opposition avec ceux de la bourgeoisie, et notamment
les
intérêts généraux, communs à tous les
travailleurs. S'appuyant sur le programme
marxiste de la
IV' Internationale, défini par les 4 premiers congrès de
l’IC. ces cadres
sauront bien bâtir un vrai parti bolchevik, car il n'y a pas
d'autre
solution. La ligne de la IVe [Internationale], c'est la lutte de
classe
sans merci, c'est la lutte communiste contre le capitalisme, c'est la
lutte
révolutionnaire contre la guerre - c'est la voie de la
révolution
prolétarienne. Il ne
s'agit pas de donner des leçons. Il s'agit de confronter des
faits, des idées,
honnêtement. Il s'agit du droit de tout militant
révolutionnaire de défendre la
position qu'il croit juste. Il nous faut voir clair pour
agir, et agir
vite. L'avenir de la révolution, en France, repose entre les
mains de la
jeunesse, et spécialement des jeunes communistes. Il leur faut
en prendre
conscience et se mettre à l'ouvrage. 22
Octobre 1944 |