"La
bourgeoisie a
mené sa société à une banqueroute
complète.
Elle n'est capable d'assurer au peuple ni le pain ni la paix. C'est
précisément
pourquoi elle ne peut supporter plus longtemps l'ordre
démocratique.
Elle est contrainte d'écraser les ouvriers à l'aide de la
violence physique". (L. Trotsky, Où va la France). |
Devant
le coup de force gouvernemental
DRESSONS
NOS COMITES OUVRIERS !
FORMONS
LES MILICES OUVRIERES !
Par un coup de
force, le
gouvernement vient de décider le désarmement des milices
patriotiques. Dans le camp de la "Résistance" cela a
entraîné
l'approbation des uns (les bourgeois de "l'ordre") et la protestation
platonique
des autres (Saillant, les socialistes). L'Humanité
proteste
"vigoureusement", mais ce n'est quand même en fin de compte
qu'une protestation.
Le gouvernement déclare
avoir pris cette mesure afin de mettre les milices patriotiques sous le
contrôle direct de l'armée et de la police de l'Etat. Ceci
étant justifié par le maintien de "l'ordre".
Pourtant, Saillant a déclaré
que le C.N.R. projetait de transformer les milices patriotiques en
"gardes
civiques et républicaines". Et l'Humanité n'a jamais
cessé
de répéter : "les milices patriotiques ne
désirent
rien d'autre qu'une collaboration disciplinée avec les
Autorités
et une collaboration confiante et amicale avec la police
rénovée"
(30/8/44).
Mais si les milices patriotiques
ne sont effectivement qu'une "garde civique et républicaine",
dévouée aux intérêts de la patrie, dont le
gouvernement
est actuellement le maître, POURQUOI CE GOUVERNEMENT PREND-IL
CONTRE
CELLES-CI DES MESURES DE FORCE ?
"C'est la 5° colonne
!", disent les staliniens. Mais comment un groupe de
traîtres
et d'espions, formant cette fameuse "5° colonne" pourrait-il
imposer
au gouvernement "démocratique" des mesures auxquelles les forces
politiques de la Résistance seraient opposées ? OU ALORS
IL FAUT AVOUER OUVERTEMENT QUE C'EST LA "5° COLONNE" QUI EST LE
MAITRE
DE L'ETAT, et non pas la "démocratie" !
En réalité,
ces mesures ont été prises parce que l'Etat bourgeois,
même
s'il s'intitule "démocratique et républicain", ne peut
tolérer
aucune force armée qui soit indépendante de lui, sauf les
groupements directement aux ordres de la bourgeoisie
(fascistes,
briseurs de grève, gardes du corps, etc.).
Or, les milices patriotiques
sont composées en majorité d'ouvriers, d'exploités
qui bien que prisonniers de la politique d'union sacrée des
social-patriotes,
aspirent quand même à l'abolition de l'injustice et de
l'inégalité,
à l'amélioration de leur sort. C'est cela pour eux, la
défense
de la patrie. Mais la patrie bourgeoise ne peut se sauvegarder à
l'aide d'un tel patriotisme. La guerre qu'elle mène est une
guerre
pour l'exploitation de son propre peuple et de peuples plus faibles.
Pour
mener une guerre de rapine, on ne peut pas tolérer à
l'intérieur
le désir d'émancipation des esclaves, il faut que les
instruments
de REPRESSION et de COMMANDEMENT soient bien dans les mains de la
bourgeoisie
et qu'elle puisse s'en servir à sa guise.
La guerre patriotique
mobilisant l'enthousiasme des masses et donnant satisfaction
à
leurs aspirations n'est possible que si la classe capitaliste a
été
d'abord renversée et qu'elle n'est plus maître dans le
pays.
L'Humanité veut mobiliser les ouvriers pour cette guerre des
capitalistes,
en nous donnant l'exemple de la Russie ou de la Révolution
française.
Mais la Russie est un pays où la Révolution
prolétarienne
et la guerre civile ont mis fin au règne des capitalistes. Quant
à la France, il est question de la Révolution d'il y a
150
ans, où la bourgeoisie révolutionnaire renversait la
féodalité.
Mais aujourd'hui c'est la bourgeoisie qu'il s'agit de renverser. Sa
domination
étant chancelante, la bourgeoisie craint comme la peste tout
véritable
mouvement d'en bas, même dévié par les
social-traîtres
vers le patriotisme. En un mot, la bourgeoisie nous frappe uniquement
parce
que nous sommes des ouvriers et que nos inté-rêts sont
naturellement
tout à l'opposé des siens.
° ° °
Duclos se plaint
dans l'Humanité
du 31/10 que nous allons vers un "régime pétainiste sans
Pétain", que les lois dites républicaines,
appliquées
par le gouvernement de De Gaulle, ne sont que les lois
anti-ouvrières
féroces de Daladier. Mais pourquoi alors les staliniens
ont-ils
fait alliance, et engagé par là la classe
ouvrière,
avec De Gaulle, le chef de ce pétainisme ? Pourquoi ont-il
laissé
à ce gouvernement pétainiste l'avantage de gagner du
temps
et de frapper les ouvriers, au lieu de le dénoncer dès le
début et de mettre en garde les ouvriers ? Ce pétainisme
était-il difficile à prévoir ? Non ! La Lutte
de
Classes avertissait les travailleurs le 19 septembre 1944 : "De
Gaulle affirme s'appuyer sur les lois de la République : mais
ces
lois de la "République" ce sont les lois
scélérates
votées depuis 1938 et surtout en 1939-1940 par le Parlement,
lois
féroces anti-communistes et anti-prolétariennes qui
donnent
un pouvoir dic-tatorial au gouvernement bourgeois".
En novembre 1943 notre
journal (n° 20) disait : "la libération du sol de la
patrie
par De Gaulle et Cie, signifierait que plus que jamais le sol, le
sous-sol
et tout ce qui recouvre le sol de la France, resterait la
propriété
des capitalistes... Or, le maintien du régime capitaliste...
signifie
non seulement le maintien de l'esclavage salarié, mais aussi son
aggravation avec les bas salaires et le chômage comme principaux
moyens de la bourgeoisie française pour maintenir son
exploitation.
Si bien que le soutien du Comité d'Alger par les
prétendus
socialistes et communistes, en reniant le programme socialiste de
l'EXPROPRIATION
DES EXPROPRIA-TEURS, doit mener le peuple français à une
nouvelle série de souffrances".
Si la classe ouvrière
a besoin d'une direction, d'un Etat-major, c'est bien pour
prévoir
les événements. Or, tandis que nous écrivions les
lignes ci-dessus, le PC engageait les ouvriers dans le sillage de De
Gaulle,
sous prétexte d'une lutte commune pour la "démocratie" !
° ° °
Le programme du PC ne
se différencie pas du programme du gouvernement de De Gaulle. Le
gouvernement veut l'ordre et le calme. L'Humanité dit
aussi
: "il faut à l'arrière une France calme et
détendue
dans l'intérêt de la défense intérieure et
extérieure"
(26/9). Le gouvernement désarme les gardes pour instituer
à
leur place la préparation paramilitaire de la jeunesse sous le
contrôle
de l'armée. Mais l'Humanité aussi dit (21/10) : "l'acte
le plus révolutionnaire est aujourd'hui de faire la guerre".
L'Humanité était pour la reconnaissance du
gouvernement De Gaulle
par les
impérialistes alliés et présentait cette
reconnaissance
comme une condition de la "grandeur" de la France. Or, le
communiqué
gouvernemental du 29/10 parle de l'urgence du règlement du
problème
des milices patriotiques, "eu égard à l'ordre public
et
à la POSITION INTERNATIONALE du pays" : une des
premières
conséquences de la reconnaissance, c'est l'exigence des
impérialistes
alliés pour l'instauration de "l'ordre", c'est-à-dire de
l'obéissance aveugle du peuple devant la clique des dirigeants
avec
laquelle ils traitent.
Les social-patriotes ont
tort de se plaindre : le gouvernement bourgeois ne fait qu'appliquer un
programme dont ils se sont fait les promoteurs au sein des masses
ouvrières.
Les social-patriotes sont enchaînés à leur
politique
gouvernementale d'union sacrée et ne peuvent opposer aucune
résistance
sérieuse aux projets réactionnaires du gouvernement.
Voilà
pourquoi toute leur action se borne à des protestations et
à
des compromis.
° ° °
A
vec le désarmement
des gardes patriotiques, c'est toute la politique stalinienne qui fait
faillite : "la punition des coupables", "la mise en marche de
l'industrie",
"la parole au peuple". CAR LE DERNIER CONFLIT REVELE QUE DEVANT
LE POUVOIR DE LA BOURGEOISIE LA CLASSE OUVRIERE SE TROUVE DESARMEE ET A
LA MERCI DES EXPLOITEURS.
Au coup de force gouvernemental,
Duclos répond en appelant les ouvriers à s'engager en
masse
dans les milices patriotiques placées maintenant sous le
contrôle
gouvernemental. Mais les ouvriers peuvent-ils faire partie d'un
organisme
et avoir le sentiment d'y oeuvrer pour leur propre cause, quand cet
organisme
est sous la férule du gouvernement, ennemi de la classe
ouvrière
?
On ne peut effacer le
bilan de la politique social-patriote qu'en renversant cette
politique.
Si les ouvriers et les
masses exploitées se sont trouvés impuissants dans toutes
les questions vitales, c'est parce que la question du pouvoir a
été escamotée par les social-patriotes en faveur
de
De Gaulle. C'est en liaison avec la création d'un pouvoir qui
soit
le leur propre, que les masses doivent donc envisager toutes les
questions
se posant à elles.
Les ouvriers doivent obliger
les social-patriotes a poser la question du pouvoir sous l'angle du
pouvoir
ouvrier, c'est-à-dire :
1° Soutenir la
création de COMITES
OUVRIERS (englobant tous les ouvriers sans distinction) d'usine, de
chantier,
de quartier, etc., démocratiquement élus, au-dessus de
toute
division politique ou professionnelle, qui soient l'émanation
et l'instrument exclusif des masses ouvrières contre les
entreprises
de la bourgeoisie ; |
2° tendre toutes les
forces vers l'armement
du prolétariat. |
Les milices ouvrières
doivent être formées sur la base du lieu de travail et
d'habitation
et être indissolublement liées à l'ensemble de la
classe
ouvrière. Elles doivent avoir comme objectif non pas la
défense
de "l'ordre" en général, mais la défense des
usines
contre les attaques fascistes, la défense des grèves, des
réunions, des syndicats ouvriers, des organisations et de la
presse
ouvrières. Elles doivent montrer devant le gouvernement une
résolution
inébranlable, qui seule peut imposer le respect à
celui-ci.
Ce n'est que si les Milices
se posent des objectifs spécifiquement ouvriers, concernant les
intérêts des classes exploitées et non de la nation
en général (c'est-à-dire d'abord de la
bourgeoisie),
que les millions de travailleurs auront la confiance et le
dévouement
nécessaires pour mettre en échec les tentatives
réactionnaires
de la bourgeoisie.
Une politique prolétarienne,
saine, claire sur les tâches à accomplir et les
méthodes
à suivre, renforcera et resserrera les rangs du
prolétariat.
Autour du prolétariat uni dans ses Comités, dans une
seule
et même action pour la défense des opprimés, contre
la politique de réaction, de sabotage et d'affamement de la
bourgeoisie,
contre tout soutien du gouvernement qui est le suppôt de cette
bourgeoisie,
se rallieront les millions d'opprimés des villes et des
campagnes,
qui trouveront dans le prolétariat un guide pour leur lutte. La
force du camp prolétarien serait alors invincible. Mais si le
prolétariat
ne montre pas cette cohésion et cette capacité de lutter,
la haute bourgeoisie pourra s'emparer des masses petites-bourgeoises
pauvres,
déçues, désespérées, pour canaliser
leur mécontentement contre le prolétariat : ce serait
alors
le fascisme.
Les travailleurs français
comme autrefois les travailleurs d'Allemagne, se trouvent au-jourd'hui
à la croisée des chemins : vers la défaite, par
l'union
sacrée, ou vers la victoire, par une lutte de classe pour les
intérêts
de tous les exploités et opprimés.
VIVENT LES MILICES OUVRIERES !
VIVENT LES COMITES OUVRIERS !
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OU
VA LA FRANCE ? (Suite du
précédent
numéro)
LES
SOURCES "IDEOLOGIQUES" DU FASCISME
L'existence d'un
grave danger
fasciste, malgré la défaite militaire de
l'impérialisme
allemand en France, nous ne l'inventons pas. Quotidiennement l'Humanité
dénonce l'action anti-ouvrière et
anti-démocratique
(cette dernière provenant directement de l'activité du
gouvernement
et de l'administration) qui se renforce à une allure de plus en
plus rapide.
Après avoir essayé
d'attribuer cette action réactionnaire de grande envergure aux
"îlots
hitlériens" encore subsistant à l'arrière, l'Humanité
est obligée d'avouer : "mais l'écrasement militaire de
l'Allemagne
NE SERVIRAIT DE RIEN à la longue si, PARTOUT (donc en France) le
fascisme ne subissait pas un écrasement moral et politique
complet"
(22/10/44). Ainsi l'Humanité est finalement contrainte
d'avouer
l'étendue du danger. La classe ouvrière n'est pas
simplement
devant une tâche militaire (lutte physique) contre des
"îlots
hitlériens". La classe ouvrière se trouve devant une
tâche
politique et morale décisive, pour empêcher les
éléments
du peuple désespérés ou égarés
(chômeurs,
petits-bourgeois ruinés des villes, paysans) de se laisser
attirer
dans le camp fasciste et de transformer celui-ci en une force de masses.
Comment les chefs staliniens
"écrasent" politiquement le fascisme, nous l'avons vu dans le
précédent
numéro : ils soutiennent De Gaulle, c'est-à-dire la
bourgeoisie.
En faisant en-dosser aux organisations ouvrières les
responsabilités
de la politique gouvernementale dans une situation catastrophique pour
les masses, ils portent de l'eau au moulin fasciste.
Mais les chefs staliniens
ont la prétention d'écraser aussi moralement le fascisme,
c'est-à-dire son idéologie.
Qu'est-ce que l'idéologie
fasciste ? La caractéristique fondamentale du fascisme, c'est
l'exaspération
du nationalisme. Pourquoi le nationalisme est-il devenu le moyen
fondamental
de la réaction et du fascisme pour la bourgeoisie, contre les
masses
exploitées ? C'est parce qu'à notre époque le
capitalisme,
en créant une économie mondiale, a détruit toute
possibilité
de vie économique indépendante (nationale) ; dans ces
conditions
le nationalisme n'est plus une doctrine d'émancipation des
peuples,
mais une doctrine d'asservissement. Pour les vieilles nations
capitalistes
(Angleterre, France, Allemagne, Etats-Unis, etc.), le nationalisme
n'est
pas l'affirmation du droit de ces peuples à disposer
d'eux-mêmes,
mais de la volonté d'opprimer des peuples plus faibles (Empire
pour
la France, "espace vital" pour l'Allemagne, etc.). Dans ces conditions,
l'exaspération du sentiment nationaliste pousse infailliblement
les classes so-ciales opprimées de ces pays capitalistes
(petits-bourgeois
et ouvriers) dans les bras de la bourgeoisie, pour une politique
impérialiste
de domination.
De cette façon,
le nationalisme détourne les classes exploitées de leur
propre
lutte contre la bourgeoisie (lutte de classes) en leur faisant croire
que
leurs souffrances inouïes ne sont pas dues au régime
capitaliste,
que la tâche principale n'est pas de renverser leurs propres
exploiteurs
bourgeois ; il les détourne vers la lutte extérieure pour
les "conquêtes civilisatrices", pour la main-mise sur les
positions
économiques et stratégiques nécessaires à
la
"mission" spéciale de la nation : images derrière
lesquelles
se cachent les capitalistes !
Le contre-poison de "l'idéologie"
nationaliste ne peut être que l'internationalisme. Il exprime non
pas "un vague rêve de solidarité" entre les hommes, mais
les
intérêts décisifs de toute la population du globe
terrestre
(en dehors des cliques capitalistes qui dirigent les peuples), il
représente
l'alliance réelle entre tous les opprimés et
exploités
contre leurs capitalistes. La victoire de l'idéologie
nationaliste
ou de l'idéologie internationaliste au sein de la classe
ouvrière
n'est pas une affaire de "sentiments", mais décide de la guerre
ou de la paix dans le monde, de la barbare oppression fasciste et
militariste
ou de la liberté...
Que font les chefs staliniens
pour vaincre l'idéologie du fascisme ?
Ils ont prétendu
écraser le fascisme avec ses propres armes idéologiques.
C'est ainsi qu'en Allemagne
le PCA voulut concurrencer Hitler, pour le supplanter au-près
des
masses, sur le terrain nationaliste, et lança lui aussi des
mots-d'ordre
de "libération nationale" (avant 1933) et de "la lutte contre
l'étranger"
(contre le traité de Versailles).
En France depuis le pacte
Staline-Laval (1935) les chefs staliniens ont glissé
progressivement
vers la démagogie nationaliste. Ayant repris le mot-d'ordre de
"la
France aux Français; à l'Action Française;, ils en
sont arrivés à reprendre la .Marseillaise aux trusts"
(Duclos)
!
Les chefs staliniens expliquent
aux militants de la base que tout cela n'est que de la "tactique", que
l'internationalisme doctrinal est difficile à faire rentrer dans
la tête des masses et qu'en gagnant les masses à eux avec
des mots-d'ordre qui "prennent", ils nous conduiront eux, les chefs,
vers
le communisme.
Mais le communisme ou
le fascisme ne dépendent pas de la volonté des chefs. Ils
dépendent du choix final que les masses feront entre le Parti
ouvrier
ou le Parti de la bourgeoisie.
Comment est déterminé
ce choix ? Par la démagogie des Partis en présence ? Non.
Mais par la capacité du Parti ouvrier à attaquer la base
même de l'exploitation capitaliste, par sa capacité de
renverser
la bourgeoisie, chose qui n'est possible qu'à l'aide d'une
idéologie
internationaliste de classe.
° ° °
Sur le terrain de
la démagogie
et du nationalisme, c'est le Parti bourgeois qui doit avoir le dessus.
La solution prolétarienne (internationaliste) n'étant pas
offerte aux masses pour en finir avec un régime qui les
étouffe,
celles-ci ne se consoleront pas avec des raisonnements sur la tactique,
mais se tourneront infailliblement vers les Partis qui sur le terrain
du
nationalisme et de la démagogie vont jusqu'au bout,
c'est-à-dire
qui ont la possibilité réelle -parce qu'agents de la
bourgeoisie-
d'offrir, par des aventures militaires à l'extérieur, une
issue pratique au nationalisme.
Sur le terrain nationaliste
et de la démagogie chauvine, le Parti ouvrier ne peut devenir un
Parti dirigeant du pays. Il ne peut être qu'un Parti donnant des
conseils au gouvernement, tâchant de se montrer plus nationaliste
que les autres, mais qui ne sera jamais maître dans la maison.
Sur
le terrain du nationalisme, c'est toujours les Partis bourgeois qui
vaincront
; en abandonnant l'idéologie internationaliste, les Partis
ouvriers
préparent la victoire du fascisme. Voilà pourquoi en
Allemagne,
quand la question fut posée sur le terrain nationaliste aussi
bien
par Thaelmann (communiste) que par Hitler, les masses choisirent
Hitler,
car sur ce terrain c'était Hitler seulement qui pouvait aller
jusqu'au
bout.
Nous voyons aujourd'hui
à quelles catastrophes l'abandon de l'internationalisme par le
PCA
a conduit le peuple allemand. Nous sommes en France, aujourd'hui, en
présence
d'un danger aussi grand.
Sur le terrain de la préparation
des esprits, les moyens "idéologiques" des staliniens rendent un
service décisif aux fascistes. La ligne politique peut
être
redressée rapidement et les défaites surmontées
par
la simple volonté de tenir compte des leçons des faits.
Mais
il en est tout autrement dans le domaine moral de la préparation
idéologique. Le poison nationaliste répandu dans les
masses
ne peut pas être éliminé du jour au lendemain. Il y
faut de longues années. Car ce poison est engendré
constamment
par la propagande bourgeoise et ce n'est qu'après un travail
d'années
que le Parti communiste peut habituer l'avant-garde ouvrière
à
une pensée conforme à ses propres intérêts,
c'est-à-dire la pensée internationaliste. Dans le domaine
de la préparation idéologique les chefs staliniens font
donc
depuis 1935 tout ce qu'ils peuvent pour préparer la victoire du
fascisme.
Mais heureusement, la
base du Parti, comme en témoigne le mécontentement
croissant
parmi les militants du PC, reste fidèle au communisme et chaque
fois que se manifeste sur eux l'influence directe du "trotskysme"
(communisme
véritable) ils se montrent tels qu'ils sont, c'est-à-dire
internationalistes.
C'est cette
fidélité
au communisme, qui subsiste dans l'avant-garde de la classe
ouvrière
malgré le poison idéologique stalinien, qui est le gage
d'avenir
le plus précieux. |