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chronologie 1951 |
LA VOIX DES
TRAVAILLEURS RENAULT
14 février 1951 CE
N’EST PAS PAR
DES « SUGGESTIONS », MAIS PAR UN CARTEL
D’UNITE
D’ACTION SYNDICALE QU’IL
FAUT
RESISTER A LA HAUSSE DES PRIX… Les dirigeants syndicaux de chez
Renault ne
sont vraiment pas pressés. La situation des travailleurs
s’aggrave tous les
jours, car tous les jours il y a une nouvelle hausse, et eux, que
font-ils, que
disent-ils ? ils ne font rien de positif, et ce qu’ils disent,
c’est
encore pire. Voyons plutôt. Le S.I.R.,
F.O. et la C.G.C.
ont signé avec Lefaucheux une affiche pour la création
d’un « fonds de
suggestions » qui vise à l’augmentation du rendement.
Comme l’a très bien
démontré un tract de la C.G.T., cela revient à
recevoir une alouette pour
chaque cheval donné par l’ouvrier à la Direction et
à l’Etat capitaliste, et à
augmenter l’exploitation des travailleurs. Mais si la C.G.T. donne une
meilleure
solution, la seule, pour résister à la hausse – l’augmentation
des salaires
et l’échelle mobile – elle se borne, elle aussi, à
des
« suggestions » quant à sa
réalisation. « Unissez-vous,
agissez, faites, trouvez vous-mêmes les formes de lutte »,
dissent en
substance, aux ouvriers, les tracts de la C.G.T. . Et de citer des
exemples
d’actions communes contre Lefaucheux à la base, sans distinction
de syndicat. Minutes, messieurs ! Ne
cachez pas
votre impuissance par des phrases sur « l’action à la
base » et les
initiatives « d’en bas ». Ce n’est pas cela qui
fait défaut depuis la
grève d’Avril-Mai 1947 et la bonne habitude de suppléer
à l’inertie d’en haut
par des initiatives d’en bas, les ouvriers de chez Renault l’ont
heureusement
depuis longtemps. Mais leurs actions locales bien qu’elles soient la
conditions
première sans laquelle aucune lutte n’est possible, ne peuvent
en aucun cas
suppléer à une action syndicale unifiée pour toute
l’usine. Même les revendications
d’atelier, ou de
catégorie, en se généralisant, rencontre
l’opposition absolus de Lefaucheux et
les succès obtenus par-ci par-là ne sont et ne peuvent
être que des exceptions. C’est pourquoi, ce que les
travailleurs de
chez Renault veulent, ce ne sont pas des petites tapes d’encouragement
pour
l’action à la base. Car la volonté de lutte ils l’ont et
ils sont obligés de se
défendre. Ce qu’ils veulent, c’est un cartel d’unité
d’action de toutes les
organisations syndicales de chez Renault. Voyons ! Vous
dénoncez tous les mêmes
maux, vous prétendez à qui mieux mieux défendre le
travailleur. Devant la
situation actuelle, il n’y a qu’une façon de démontrer la
sincérité de vos prétentions.
Réunissez-vous, malgré vos divergences, tachez d’accorder
vos violons ! Si
vous n’êtes pas d’accord, les ouvriers vous départageront.
Soumettez-leur vos
propositions ensemble ou séparément, questionnez-les,
faites les voter. Et que
chaque organisation syndicale se soumette au vote de l’ensemble des
ouvriers. Voilà la bonne voie, le
seul moyen pour
créer un état d’esprit nouveau ; un climat de
confiance, et aider les
ouvriers comme vous prétendez vouloir le faire. Les ouvriers, pour leur part,
font et
continueront à faire tout ce qui dépend d’eux, ils
prendront toutes les
initiatives qu’on peut prendre à la base. Mais vous dirigeants
syndicaux
C.G.T., F.O., C.F.T.C., C.G.C., S.I.R., avant de prêcher l’action
en bas,
faites votre devoir en haut. QUERELLE DE
LARRONS Le cynisme dont font preuve
les députés de l’actuelle majorité » au
sujet de ce qu’ils osent appeler
« la réforme électorale » ?
dépassent tout ce que l’on a vu et
entendu jusqu’ici en la matière ? De la part de gens dont
la profession consiste
précisément en « professions de
foi » démocratique. Tous les projets
et contre-projets émanant des différentes fractions
gouvernementales ne visent
en effet qu’à supprimer, ni plus ni moins, pour les
minorités électrices, le
droit d’avoir des élus ! Ils en sont là, les
promoteurs
« du neuf et du raisonnable », cinq ans à
peine après le vote de la
« Constitution Démocratique » ! Et
pourquoi ? « il
faut, expliquent-ils, réduire au maximum, sinon supprimer, les
députés P.C.F. à
la Chambre, car ils sont des agents de Moscou ». C’est pour
permettre la
coalition des pro-américains contre les pro-soviétiques
qu’ils
veulent enlever aux minorités d’électeurs le droit
d’être représentés par un
nombre de députés plus ou moins proportionnel à la
quantité des votants. C’est
en vue de la guerre que ces messieurs sont prêts à
supprimer les baes même du
régime parlementaire ! La classe ouvrière et les
masses laborieuses ne doivent pas rester indifférentes ni
sous-estimer
l’importance de ce nouveau projet de loi réactionnaire. Les
travailleurs savent
parfaitement que le droit de vote n’empêche pas les capitalistes
de les
exploiter et de les opprimer, ils savent aussi que, détenteurs
de toutes les
richesses matérielles et culturelles et maîtres de l’Etat,
les capitalistes
disposent d’une machine qui leur fabrique une majorité
parlementaire qui est
toujours de leur obédience, qu’elle soit de droite ou de gauche,
ils savent
bien que leur émancipation finale, que le socialisme ne peut
résulter que de
l’expropriation forcée des capitalistes par la classe
ouvrière. Mais tant que la classe
ouvrière n’est pas politiquement suffisamment forte pour
renverser les
capitalistes tant que le capitalisme subsiste, c’est dans le cadre
de la
démocratie parlementaire que celui-ci est contraint de faire le
maximum de
concessions à la classe ouvrière. La liberté
de presse, la liberté de
réunion, la liberté syndicale et la liberté de
grève ne peuvent exister, en
régime capitaliste, que dans le cadre d’un système
électoral démocratique. C’est
pour cette raison que la bourgeoisie n’a accordé le droit de
vote universel
qu’à la suite d’une lutte historique opiniâtre des masses
laborieuses. Les travailleurs doivent par
conséquent opposer une résistance acharnée
à la suppression du droit de vote
universel – car c’est une façon déguisée de le
supprimer que de le rendre
inutile pour la minorité. Ils prendront position, non pas en
fonction de
leurs sympathies ou antipathies de partis, mais selon leurs
intérêts
fondamentaux de la classe ouvrière, exigent de leur part une
lutte pour
l’élargissement des droits démocratiques – et non pas
leur abandon. Ils doivent
réclamer à leurs organisations syndicales et politique,
quelle que soit leur
tendance, de s’opposer à cette loi anti-ouvrière. S’il
s’agit de remplacer la
loi actuelle, les travailleurs réclament la proportionnelle
intégrale et
le droit de vote pour les soldats et les jeunes à
partir de 18 ans. Car
avec le système actuel, non seulement les jeunes et les soldats
sont exclus de
vote, mais un parti a pu obtenir 60.000 voix aux élections de 46
et ne pas
avoir d’élus ! Heureusement, si les
pro-américains sont tous d’accord pour dépouiller le
P.C.F. –qui ne voit
d’inconvénient à une loi réactionnaire que quand
c’est lui qui en fait les
frais – ils en viennent aux mains lorsqu’il s’agit de se partager les
sièges
volés. Voilà pourquoi, à propos de l’apparentement
et du vote à un tour ou à
deux tours, leur querelle de larrons menace de déclencher une
crise
gouvernementale. Par une opposition résolue, les travailleurs
doivent mettre à
profit la division des larrons entre eux et tenir en échec la
réaction. Il faut
que les tentatives électorales des partisans du gouvernement
actuel restent une
querelle de larrons sans lendemain. |