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chronologie 1946 |
N°79 Hebdomadaire (B.I.) |
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14 Décembre
1946
Le N°: 3 francs |
En apparence, tout le monde a parlé de la difficulté de s'entendre sur un programme, alors que les mesures techniques sont depuis longtemps décidées "en haut lieu", c'est-à-dire par les maîtres de la Banque, dont les véritables porte-parole sont les Jean Monnet, les Robert Schuman, etc... Mais qui prendrait officiellement la responsabilité de ce programme ? Voilà les raisons de toutes les discussions et manoeuvres. L'élection quasi-unanime de Léon Blum à la Présidence du Conseil, et les commentaires de la presque totalité de la presse, ont ensuite bien montré qu'il ne s'agissait pas de programme, mais de la difficulté de trouver un responsable pour l'appliquer. Car malgré l'empressement apparent des chefs de parti de mettre en avant leurs formules gouvernementales et leurs programmes, il n'y a, en réalité, qu'un seul programme qu'ils peuvent METTRE EN PRATIQUE : celui des 200 familles. Seul le P.C.F., tenu par ses promesses électorales, continue à jouer l'innocence et à exiger un gouvernement de gauche : "Le Bureau Politique décide de voter pour Léon Blum en donnant à ce vote... la double signification d'une opposition irréductible à toute formation équivoque de prétendue unanimité na-tionale, et d'attachement à une politique d'union des forces ouvrières et démocratiques." Mais au moment où ils se décidaient à voter pour un Blum de gauche, celui-ci avait déjà déclaré qu'il n'acceptait d'être candidat qu'à la condition que tous les groupes soient d'accord pour sa candidature. C'est un Blum "union nationale" que les chefs staliniens ont feint d'élire Président du Conseil "de gauche". D'ailleurs, avant que le P.C.F. lui-même ne fasse ses propositions au P.S. pour un candidat socialiste, c'est l'organe des 200 familles, Le Monde, qui mettait Blum en avant. En votant pour l'homme de la "pause", à qui toute la bourgeoisie et la réaction font confiance, les chefs staliniens démasquent leurs prétentions au sujet d'un Gouvernement "démocratique de gauche" comme autant de mensonges, comme un alibi pour cacher la faillite de leurs formules et de leur politique.
M. F. Dupont, respectable protecteur des moeurs bourgeoises qui couvrent du vernis de l'hypocrisie une pratique qui n'a rien de respectable, s'est défendu de "jouer le rôle des pères la Pudeur et de mettre en cause la morale publique"... N'est-ce pas touchant de constater que la civilisation nous a définitivement délivrés non seulement du bûcher moyenâgeux que réclamaient les ancêtres de M. F. Dupont contre les sacrilèges envers la morale publique, mais encore a émancipé les Dupont modernes au point qu'ils renoncent à toute vindicte sociale en matière littéraire ? Mais, si les intérêts sacro-saints de la morale officielle n'exigent plus les bûchers, d'autres intérêts sont devenus encore plus sacro-saints et plus respectables : "J'ai cru que cette pièce, traitant un sujet racial particulièrement délicat, était de nature à blesser nos amis des Etats-Unis. Je ne demande pas qu'on la retire de l'affiche, mais je prie mes collègues de s'associer à ma protestation et d'exprimer de nouveau l'amitié et la reconnaissance que nous devons porter à la grande démocratie alliée", déclare F. Dupont. Cependant, la pièce l'échappe belle, car "il ressort que les Américains sont les premiers à reconnaître la liberté d'expression par le livre, le théâtre et la radio". On ne peut pas être plus royaliste que le roi. La liberté de l'artiste parisien se trouve justifiée et sauvegardée par la tolérance du gouvernement américain envers ses propres citoyens artistes aux Etats-Unis. Cependant, la civilisation bourgeoise décadente et les libertés du citoyen sont depuis longtemps séparées. Cette démocratie dans les salles de spectacle fréquentées surtout par les riches, le fait qu'à New-York on tolère la discussion littéraire à la radio, sont autant de choses pour faire oublier que le lynchage des Noirs, le matraquage des grévistes, la politique raciale et anti-ouvrière à la Jim Crow , sont plus que jamais des faits quotidiens. Alors que le 4 décembre on décidait, au Conseil municipal de Paris, de laisser jouer une pièce au nom de la liberté, le 7 décembre, un meeting, organisé par le P.C.I. sur les événements d'Indochine, était interdit à la dernière minute ; et les ouvriers français et indochinois, venus pour y assister, étaient reçus à coups de matraques par une police ayant des ordres dans ce sens. "Il faut qu'on sache la vérité sur les événements d'Indochine", affirmait hautement Le Monde. Mais les travailleurs français et indo-chinois, venus pour l'écouter au meeting de la salle Wagram, c'est à coups de matraque qu'on estimait pouvoir le mieux la leur enseigner. Pour les travailleurs qui ne sont pas d'accord avec la vérité du gouvernement, de d'Argenlieu, du Monde, c'est la répression policière qui incarne cette vérité. Ainsi, une fois de plus, la bourgeoisie nous montre quel contenu réel elle donne aux mots démocratie et liberté. Liberté, pour elle, de discuter de la parution d'une pièce de théâtre. Mais interdiction, par la force, aux travailleurs, aux opprimés de connaître les véritables buts qu'elle poursuit aux colonies. Liberté pour la bourgeoisie d'asservir des millions d'hommes. L'Agence américaine, cependant, tait que ces expériences avaient pour but la poursuite de la guerre dont elles constituaient le com-plément. Il n'est pas difficile de découvrir la raison du silence de l'Agence américaine. En effet, une telle déclaration aurait inévitablement retourné l'accusation contre le Gouvernement américain lui-même. Car, si les dessous de la guerre allemande sont connus grâce à l'expérience mortelle qu'en ont fait les victimes des dirigeants nazis, les dessous de la guerre "alliée", bien que moins connus, ont néanmoins suffisamment été éclairés par les expériences atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Effectivement les deux bombes ont été lancées non dans un but immédiatement militaire, mais dans un but purement expérimental et politique -non pour mettre le Japon hors de combat (il l'était déjà)-, mais pour connaître les effets d'un bombardement atomique sur de grandes agglomérations humaines, d'une part, et, d'autre part, pour donner une excuse aux dirigeants japonais, contraints de capituler, vis-à-vis de leur peuple. C'est ce but politique qu'il y a un an, dans La Lutte de Classes n° 50, du 3 septembre 1945, nous avons révélé sur la base d'une déclaration du ministre américain Byrnes. Or, aujourd'hui, cet aveu vient d'être confirmé, à la Chambre des Communes, par M. Attlee : "Une offre de paix a été faite par le Japon le 22 juillet 1945, et la bombe atomique sur Hiroshima a été lancée seulement le 10 août". Une telle déclaration, au moment où on fait passer en jugement 23 médecins allemands pour leurs expériences criminelles sur des êtres humains, risquait d'ouvrir les yeux aux populations trompées par M. Attlee et l'impérialisme allié. C'est pourquoi la presse s'est empressée de démentir le Premier Ministre et de prétendre qu'il y avait eu "une erreur de sténographie". Mais le but expérimental du lancement de la seconde bombe n'en reste pas moins évident. Une seule bombe aurait suffi à rendre le Japon conscient de "l'inutilité de la poursuite de la lutte", si tel avait été le but réel. Mais, en réalité, la bombe atomique a été expérimentée sur Hiroshima et Nagasaki, tuant des centaines de milliers d'êtres humains sans distinction d'âge et de sexe, de la même façon qu'elle l'a été à Bikini , au-dessus et à la surface de la mer. L'Agence américaine sait tout cela. Elle sait que tout cela peut être retourné facilement contre les gouvernements alliés; ; aussi essaie-t-elle de tromper le publlic en élevant le débat à "l'éternelle controverse de la limitation des recherches scientifiques par la conscience sociale". L'un des résultats du procès sera d'établir juridiquement, pour le monde entier, jusqu'où peuvent aller les expériences sur les êtres humains sans devenir criminelles. Ce n'est là qu'une manière, pour la bourgeoisie, de masquer ses responsabilités et ses buts dans la guerre. La science n'est autre chose que l'effort victorieux de l'homme sur la nature. Elever la science au-dessus de l'homme, c'est trouver un moyen de dissimuler l'utilisation de la science par une classe de possédants qui ne reculent devant rien pour maintenir leur domination. Car, si ces expériences servaient à la poursuite de la guerre, quelles en étaient cependant les victimes ? Non pas les Blum, Herriot, et autres "grands déportés" bourgeois, traités, au contraire, avec des égards, mais des ouvriers, des paysans, des exploités de toutes nationalités, opprimées et autres. Ainsi, pour écraser la classe ouvrière, les peuples coloniaux, tous les ennemis de sa domination, la bourgeoisie utilise la science. Elle en fait philosophiquement un dieu au-dessus de l'homme et, comme au dieu chrétien moyenâgeux autrefois, elle prétend sacrifier l'homme à la science, aujourd'hui. Avec les ouvriers américains, les prolétaires de tous les pays accusent les gouvernements alliés d'avoir commis les mêmes crimes contre l'humanité que les dirigeants nazis. Seulement, ce n'est pas le tribunal de Nuremberg qui peut juger ces crimes. Ce seront les travailleurs qui mettront en accusation les dirigeants capitalistes de tous les pays pour leurs crimes contre l'humanité. Avis n° 1177 : Accidents du travail;. -A de nombreuses reprises, l'attention du personnel a été attirée sur les risques graves qu'il court en n'utilisant pas d'une manière complète et continue les appareils et accessoires de protection (systèmes de sécurité sur presses, bonnets, lunettes, etc.) destinés à prévenir les accidents. "Ne donne lieu à aucune prestation ou indemnité en vertu de la présente loi, l'accident résultant de la faute intentionnelle de la victime, en application de cette clause restrictive, pourra donc, en cas d'infrac-tion, entraîner la perte de tout droit aux prestations et indemnités." Le
26-10-46.
La
Direction :
Lefaucheux.
Ainsi, après nous
avoir imposé le salaire au rendement combattu de tout temps par
les organisations syndicales, par souci d'accroître la
production,
M. Croizat, toujours par souci d'accroître la production, donne
aux
patrons la possibilité légale de contester les accidents
du travail.
En effet, comment prouver qu'un accident a été fait intentionnellement ou non si la simple négligence ou omission de l'emploi d'un appareil de sécurité peut être considérée comme faute intentionnelle ? Nous constatons une fois du plus que le ministre "ouvrier" Croizat est beaucoup plus prompt à servir la bourgeoisie que ceux qu'il représente, car si la loi du 25 Octobre 1946 est passée, nous attendons toujours le réajustement de nos pensions qu'il nous a promis. Un
mutilé du travail,
MARC.
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